Vivre caché ou dans la lumière des médias ?

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RÉFLEXIONS - Les religions occupent une place importante dans les médias, pour le meilleur et pour le pire. Le sujet passionne, mais le traitement n’est pas toujours sans provoquer un certain malaise. Réflexions avec Pierre de Charentenay, qui vient de publier « Le dilemme du chartreux » aux éditions Desclée de Brouwer.

La religion, lieu de l’interrogation fondamentale de l’homme, est devenue un des éléments du spectacle de la vie moderne, un secteur de l’information parmi d’autres, dans une mosaïque de nouvelles. Les médias la réduisent souvent à du folklore et les caméras n’ont d’yeux que pour les extrémistes, les trains qui arrivent à l’heure n’intéressant pas les journalistes !

Quel rapport l’Église doit-elle donc entretenir avec ces médias qui, parfois, lui semblent bien opposés? Pour répondre, le père Pierre de Charentenay, rédacteur en chef de la prestigieuse revue « Études », de Paris, évoque le dilemme du chartreux. Comment ces religieux voués au silence des solitudes peuvent-ils être connus à l’extérieur s’ils restent toujours dans leurs murs? Et ignorés, comment attireront-ils des vocations? De même pour l’Église. Comment se situer dans la société médiatique, dont les règles sont très précises, sans renoncer à ses valeurs propres? Celles-ci ne sont en effet pas très médiatiques: pauvreté, humilité, attention à l’étranger…

Le nouveau magistère

Les médias, que le jésuite parisien qualifie de « libertaires et émotifs », sont le véritable magistère d’aujourd’hui, remplaçant ainsi la religion qui régnait encore en maître dans les années 50-60. Ce n’est plus le christianisme qui organise la culture, mais les médias qui disent ce qu’il faut penser. Et pour eux, le mal n’existe pas. Tout est positif. Ils voient, par exemple, dans la bioéthique un progrès de la liberté, sans s’informer sur la vision de l’homme qui est en jeu. Il n’y a aucun critère de jugement et le traitement par l’émotion laisse peu de place à la raison. L’Église, elle, ne cesse d’interroger pour que le progrès ne se développe pas au détriment de l’homme.

Derrière tous ces débats, y aurait-il un combat anticlérical? Oui, répond le P. de Charentenay. Parce que l’Église a fait de graves erreurs et les médias ne l’ont pas ratée. Ils lui ont même rendu un service. Mais ce combat est surtout antireligieux, observe-t-il. Sans doute y a-t-il d’excellentes émissions, mais l’objectif se réduit souvent à l’audimat. Dans son livre, il n’hésite pas à nommer certains meneurs de ce jeu, habités par une sorte de passion antichrétienne. Et de stigmatiser aussi la diminution de présence du christianisme dans les médias, à côté d’une surreprésentation de l’islam, parce qu’il fait peur, et aussi du judaïsme, pourtant nettement minoritaire. Tous deux sont plus respectés que le christianisme, qui n’est plus la référence de nos sociétés. Les valeurs laïques centrées autour des droits de l’homme occupent maintenant cette place.

La tentation des médias

L’Église pourrait être tentée d’essayer de récupérer son magistère en passant bien dans les médias. Mais c’est un piège, estime notre auteur, car elle n’en maîtrise pas le fonctionnement. L’Église doit donc rester dans son rôle, même si elle n’est pas très médiatique, et se cantonner à la vérité évangélique qu’il ne revient pas aux médias de mesurer. Il faut pouvoir dire le message, mais sans tomber dans les travers de ce monde qui valorise les vedettes, les paillettes et l’argent. L’aspect commercial est en effet premier, le contenu passant souvent au second plan. Et le père de Charentenay d’inviter à vivre l’Évangile, ce qui peut être moins médiatiquement rentable à court terme, mais qui seul l’est à long terme, estime-t-il. « Les gens risquent bien d’être déçus par les paillettes. »

Certains groupes, certaines personnalités de l’Église semblent parfois céder à ces travers, cherchant la visibilité par de grandes cérémonies ou courant de plateau en plateau, alors que la vie chrétienne se déroule dans la discrétion et l’humilité. Il faut pourtant accepter de participer aux grands médias. D’aucuns en ont peur. Mais c’est un risque qu’il faut prendre. Pas n’importe comment, bien sûr, et en faisant confiance au public, capable de faire la part des choses. La communauté médiatique ne remplacera cependant jamais la communauté locale où, parfois loin des affaires, l’Église se vit au quotidien.

 


Recueilli à Paris par Charles DELHEZ

http://info.catho.be/

Publié : 27/09/2012

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