«L’Évangile nous invite à courir le risque de la rencontre avec le visage de l’autre»

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09/04/2014

pontier

RÉFLEXIONS - « Chers Frères et Amis,

 Le temps de la Passion 

Poursuivant notre marche de Carême, nous sommes entrés ce dimanche dans la quinzaine de la Passion. Avec l’Eglise entière, notre prière, nos regards, se portent sur le Christ, vivant les derniers jours de sa vie terrestre?: jours d’amitié et de dialogue intime avec ses disciples, jours exposés pendant lesquels « les pensées secrètes des cœurs vont être révélées »?: la versatilité d’une foule malléable à souhait, la hargne sans scrupule de la plupart des responsables accrochés à leur pouvoir, la peur et la lâcheté de ses disciples renforcées par leur incompréhension du mystère pascal, la fidélité de Marie, des saintes femmes et de Jean, le disciple bien-aimé. Et Jésus avance, uni sans faille à son Père et consentant au projet de salut des hommes par l’enfouissement d’une puissance d’amour, de vie et de pardon qui va triompher de toute peur, de toute haine, de tout désespoir, et même de la mort. Quelle beauté divine cachée sous le visage du Fils bien-aimé fait homme, qui avance libre et vainqueur sous les traits du Juste persécuté et abandonné?! Et dans douze jours, nous chanterons alléluia, donnant foi et confiance à ce Dieu dont l’amour infini pour les hommes ouvre un sens inespéré à nos vies humaines et à celle de l’humanité entière?: le chemin du bonheur traverse épreuves, échecs, rejets, menaces, persécutions, chutes, déshumanisation. Le crucifié ressuscité est le premier-né d’une multitude de frères, le prophète de la fraternité humaine qui se construit par une vie donnée, une victoire en soi-même contre les puissances de mal et de mort. Quel profond mystère, chers frères?! C’est bien celui que nous contemplons, dont nous mesurons toute la richesse, dont nous essayons de vivre, que nous voulons annoncer à tous. Comme le Christ nous venons de Dieu et nous allons vers Lui?! Nous nous réjouissons de voir à l’œuvre aujourd’hui la puissance du Ressuscité dans le cœur de ceux et celles qui découvrent son amour, sa patience, sa persévérance, son pardon?! Avec plus de 3600 catéchumènes, dans la nuit de Pâques, nous proclamerons?: « Christ est ressuscité?! Il te baptise?! Il répand sur toi son Esprit Saint, Il se donne à toi comme nourriture d’amitié et d’espérance pour ta marche ici-bas. Il est le Chemin, la Vérité et la Vie. Vivez en enfants de lumière ». Quelle joie d’être témoin de l’œuvre de l’Esprit qui vient constituer en frères et sœurs, des hommes et des femmes dont la vie ne laissait pas percevoir qu’il en serait ainsi tant sont divers leurs âges, leurs origines sociales et culturelles, leurs chemins parcourus?! Quel beau message de fraternité humaine universelle?! Cette joie ne nous fait pas oublier le nombre trop grand d’hommes et de femmes qui partout dans le monde ont une vie trop dure, trop injuste, trop inhumaine?: victimes d’inégalités profondes dans toutes les sociétés, victimes de guerres de toutes sortes, victimes de trahison, de calomnies, de rejets, de violences indicibles. Que de souffrances?! Que d’hommes et de femmes et même d’enfants qui connaissent des conditions de vie indignes. Comment ne pas avoir une pensée pour nos frères chrétiens qui célèbreront ces jours de la Passion dans la conscience de vivre eux aussi un chemin de croix qui n’en finit pas?: chrétiens de Syrie, des pays du Moyen-Orient, de Centrafrique, du Mali, d’Irak et de bien d’autres endroits du monde. Comment ne pas penser à ce que vivent les Ukrainiens?? La présence parmi nous de Monseigneur Borys Gudziak nous rend proche ce que vit le peuple d’Ukraine. Nous l’avons assuré et nous l’assurons encore de notre prière fraternelle, ainsi que d’ailleurs Monseigneur Jean Teyrouz, Evêque de l’éparchie de Sainte Croix de Paris des Arméniens catholiques de France et Monseigneur Maroun Gemayel, évêque de l’Eparchie maronite de France. Ils témoignent au milieu de nous de la souffrance des populations arméniennes, libanaises, syriennes et de toutes celles touchées par ce trop long conflit en Syrie. Combien de temps encore auront-ils le sentiment que le reste du monde demeure indifférent à leur sort?? Combien de temps encore ces peuples vont-ils douter de la réelle solidarité et fraternité humaine?? Oui, la mondialisation de l’indifférence alourdit leurs épreuves. Le sentiment de l’impuissance de la communauté internationale met à jour les égoïsmes d’une humanité qui oublie les exigences de la justice, du droit et de la solidarité. Nous comprenons la forte insistance que le Pape François a donnée à la dimension sociale de l’évangélisation dans l’Exhortation apostolique « La joie de l’Evangile », qui fait suite au synode sur « La nouvelle évangélisation pour la transmission de la foi ». Il a pu ainsi écrire dans le chapitre intitulé « La dimension sociale de l’évangélisation » au numéro 183?: « Nous aimons cette magnifique planète où Dieu nous a placés, et nous aimons l’humanité qui l’habite, avec tous ses drames et ses lassitudes, avec ses aspirations et ses espérances, avec ses valeurs et ses fragilités. La terre est notre maison commune et nous sommes tous frères. Bien que « l’ordre juste de la société et de l’État soit un devoir essentiel du politique », l’Église « ne peut ni ne doit rester à l’écart dans la lutte pour la justice. » (Benoît XVI, Deus Caritas est, n° 28).

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Source: La Croix, 08/04/2014

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