Un Synode des femmes consacrées

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ROME - La plus grande et la plus importante Assemblée internationale de religieuses de l'Église catholique (qui a aussi été définie comme le Synode des Femmes Consacrées) vient juste de se terminer. Convoquée tous les trois ans par l'Union Internationale des Supérieures Générales (UISG), l'Assemblée plénière a eu lieu à Rome du 3 mai au 8 mai. Plus de 800 Supérieures Générales provenant de 76 pays et représentant presque 800 000 femmes consacrées de vie apostolique du monde entier étaient présentes.

Le thème, “Il n'en doit pas être ainsi parmi vous (Mt. 20:26) : le Service du Leadership selon l'Évangile,” a été examiné sous des angles différents par les conférencières (pour la première fois seulement des femmes) qui représentaient différentes cultures de l’Asie, de l’Afrique, de l’Europe, de l’Amérique du Nord et de l’Amérique du Sud.

Étant donné qu’il est difficile de résumer le contenu, je vous invite à consulter directement le Site Web de l'UISG Vidimus Dominum, lequel est administré par notre Soeur Giannica Selmo.

J'ai été personnellement impressionnée par la présentation du Professeur Costacurta sur leadership dans la Bible. Elle s’est particulièrement penchée sur les figures de Vashti et d’Esther. Vashti sent qu'elle ne peut plus se soumettre à la volonté du roi, lequel lui demande d’aller au banquet pour montrer sa beauté. Comme punition pour sa désobéissance, elle est éloignée de la cour. Esther, choisie pour être la nouvelle reine en raison de sa beauté, entre dans la cour sans révéler sa vraie identité de juive. Esther fait un voyage intime de découverte personnelle qui l'amène à s’identifier avec ses gens qui ont besoin de délivrance. Elle comprend son appel et cherche à aider ses gens jusqu'à la fin, même au risque de perdre sa propre vie.

En utilisant toutes ses ressources dans son rapport avec le roi (intuition, patience, créativité et ruse), Esther réalise son objectif : elle sauve ses gens et elle-même.

Nous témoignons de deux histoires de femmes probablement dans deux moments différents de leurs vies, deux façons différentes de réagir au pouvoir dominant et deux vocations différentes. Voici la question sur laquelle nous avons été appelées à réfléchir : Quels défis reconnaissons-nous dans la façon dont nous vivons le leadership conformément à l'esprit évangélique ? En considérant ce que j'ai observé pendant les jours que nous avons passés ensemble, je pense que le premier défi est avant tout celui de reconnaître la portée, la dignité de la vocation prophétique et de la dimension charismatique que nous représentons en tant que femmes consacrées -- et d’adopter un style de leadership qui convient au service de nos communautés – et qui ne soit pas une forme de privilège ou de contrôle. Mais nous ne devrions pas nous arrêter là.

Aujourd'hui, en effet, je crois que l'appel au service du leadership est beaucoup plus général et qu'il va au-delà des limites de nos instituts individuels.

Le Cardinal Braz de Aviz nous a rappelé que tous ensemble nous représentons la dimension charismatique de l'Église, qui est fondamentalement égale à la dimension hiérarchique. Seulement en créant de vastes liens parmi nous en tant que femmes consacrées, nous offrons une grande contribution au dialogue dans l'Église. 

Pour arriver à cette compréhension d'une mission plus générale, je crois que nous devons :
-    avoir accès à des moyens adéquats (éducation, ressources matérielles) et à l’autonomie, surtout dans les pays en voie de développement ;
-    être capable de nous exprimer avec créativité et fierté en gardant notre identité de femmes et en étant confiantes dans la contribution que nous pouvons offrir ;
-    établir nos propres lignes d'action avec l'autonomie nécessaire pour nous conformer à ce que les pauvres nous demandent de faire tout en les considérant comme un sacrement représentant ce que Dieu veut de nous.

Un aspect très important de la plénière concernait les Communications, soit pour ce qui est des Conférences Nationales (cette fois en Amérique du Nord [LCWR] et au Brésil), soit pour ce qui est de différents projets parrainés par l'UISG, comme Talitha Kum (trafic d’êtres humains), de la solidarité avec le Soudan du Sud et de la Commission JPIC. Soeur Florence Deacon, OSF, au nom de la LCWR, a eu la tâche difficile de clarifier la façon dont l'évaluation doctrinale promue par la Congrégation pour la Doctrine de Foi est en train de procéder.

J'ai trouvé son rapport honnête, franc et clairement affligeant. Vous avez probablement lu toutes les sortes de commentaires dans les journaux, mais ce qui s'est produit dans cette salle de réunion et qui est en train de se produire c'est vraiment : un énorme malentendu de fonds et, à mon avis, un usage disproportionné de moyens “correctifs”. Au lieu de ces moyens on aurait pu utiliser des méthodes plus appropriées et modernes. Le support des autres Conférences Nationales était visible dans l'espoir que ce temps difficile puisse devenir un moment de nouvelle conscience pour nous tous.

Bien sûr, j’ai écouté avec un grand intérêt le rapport de Soeur Marian Ambrosio, IDP, sur la Conférence de la vie religieuse au Brésil. En parlant de la vie des religieuses d'aujourd'hui, Soeur Marian a dit qu’elle se sent défiée par la question suivante : Quelle est notre place en tant que femmes consacrées dans l'Église brésilienne et dans le monde ? Maintenant que le gouvernement et l'Église institutionnelle s’occupent de nombreux domaines qui à un moment donné étaient dans les mains des femmes consacrées, nous sommes en train de perdre la capacité de réaliser nos services. Le défi c’est de recommencer encore, de commencer par des places [chargées] de symbolisme théologique, en dehors du Temple, dans des endroits où Jésus n'est pas annoncé. Nous ne pouvons pas être satisfaites de fonctionner comme des simples intérimaires ni pour l'État ni pour l'Église… Samaritains, oui, pour continuer à montrer le visage de Jésus en tant que disciples.


La Plénière s’est terminée avec une audience privée avec l'Évêque de Rome, le Pape François. L'audience a duré 20 minutes très intenses. Ces moments sont difficiles de décrire -- surtout parce que nous avions beaucoup d'attentes.

Ce qui a interpellé mon coeur a été sans doute l'attention et l’estime que le Pape tient pour la vie religieuse des femmes et son encouragement à poursuivre le chemin forgé par nos Fondateurs / Fondatrices.
En même temps, pendant son discours, j'ai senti une douleur aiguë et j’ai pensé à moi-même : le Pape parle d'une idée de femmes consacrées qui reflète seulement partiellement la façon dont nous sentons notre appel à l’expérience de la vie consacrée… il ne connaît pas ce que nous sommes devenues précisément grâce à notre contact avec ces marges existentielles dont il parle... Et pour un moment dans la salle d’audience Paul VI, j’ai réalisé que, en tant que femmes consacrées, nous éprouvons et dans une certaine façon nous nous trouvons dans la même condition de ceux qui sont sans voix, de ceux qui n'ont pas d’endroit approprié pour s’exprimer et pour être écoutés lorsqu’ils parlent de leur vérité. Indubitablement, c'est une vérité partielle, mais c'est quand même notre vérité.

Donc, en tant que filles de Mère Françoise, quelle peut être notre réponse à cette blessure dans notre Église ? Je pense au thème de notre prochain Chapitre Général : “Libérons l'énergie de guérison du Christ” et, en réponse à cela, je sens encore plus l'appel à nous engager à partager nos histoires et à activer les possibilités de notre charisme – sans l'obstruer avec nos hésitations – dans la certitude qu'il peut contribuer à l'appel franciscain de reconstruction de l'Église dans ces parties vitales où elle a besoin de se régénérer.

http://franciscansisters-fr.sfp-poor.org/

Publié: 06/08/2013

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