Aux Captifs la Libération avec Sr Rachel Guillien: «Redonner le goût à la vie aux personnes en situation de prostitution"

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 23/05/2014

TÉMOIGNAGE - Rachel Guillien, religieuse du Sacré-Cœur de 43 ans, travaille à l’association Aux captifs, la libération. Nous sommes allés à sa rencontre pour vous présenter son témoignage de vie.

L’association Aux captifs la libération, créée il y a 30 ans par le père la Patrick Giros, est une association diocésaine présente dans six lieux différents de Paris et regroupant une cinquantaine de salariés ainsi que 200 bénévoles. Tous les adhérents ne sont pas chrétiens mais présentent cependant des valeurs qui rejoignent l’association. Cette association vise à rencontrer et accompagner les personnes qui vivent dans la rue ou de la rue (en situation de prostitution) et à les réintégrer socialement. Le nom est tiré de la Bible (Luc, 4-18). «On a tous des lieux de captivités où quelqu’un d’extérieur (le Christ) vient nous libérer en profondeur», explique la jeune religieuse.

Pour Rachel Guillien, il faut un «lien de gratuité et de régularité» pour pouvoir rejoindre authentiquement la personne. En effet l’association envoie des binômes en tournées dans la rue les ‘’mains nues’’ c’est-à-dire sans rien, dans l’unique but de rencontrer ces personnes et de pouvoir tisser un lien totalement gratuit avec elles.

Plusieurs actions sont par ailleurs proposées. Comme quelques jours hors de Paris, ainsi que des sorties au Musée ou encore apprendre à faire du pain. Cela permet de « s’émerveiller ensemble » et de redonner « le goût à la vie » témoigne notre religieuse. Il y a aussi un accompagnement global de la personne qui va de l’ouverture de droits à l’insertion professionnelle.

Des ‘’prières-rue’’ sont également organisées. Cela consiste par exemple à commenter l’Évangile, faire le Chemin De Croix ensemble ou tout simplement prier.

Le festival de la rue est mis en œuvre chaque année : une grande tente ouverte sur le parvis de la cathédrale Notre Dame de Paris qui ouvre un lieu de partage et de sensibilisation à tous à travers différentes créations artistiques produites durant l’année au cours d’ateliers d’expression. De plus, il existe aussi la fête rue qui réunit les personnes accompagnées, bénévoles et salariés de l’association. Cette année le thème était la joie.

Pourriez-vous nous raconter d’une rencontre qui vous a particulièrement touchée?

«Dans le cadre de ma formation religieuse, je devais réaliser un stage. Suite à la rencontre avec un adhérent de l’association, je décide de faire mon stage Aux captifs la libération. Après quelques formations, je suis immédiatement envoyée sur le terrain avec mon binôme pour réaliser une première tournée porte Dauphine (PARIS 16ème).

Ne connaissant pas le domaine de la prostitution, la première rencontre que j’ai faite a fait voler en éclats tous mes clichés et elle est à l’origine de mon engagement dans l’association. C’était un jeune homme de trente ans qui vivait dans sa voiture avec son chien. Au premier contact, l’homme semble repoussant et agressif. Il déclare ne plus croire en l’Homme et que seul son chien lui est fidèle lui apportant un peu de tendresse. Je n’avais jamais vu quelqu’un de blessé comme ça. Bouleversée, cette rencontre éveille en moi un grand désir de le revoir, de tisser un lien et de lui redonner Foi en l’Homme» nous confie-t-elle.

Au fil de leurs rencontres, elle découvre une personne d’une grande finesse, d’un sens de la répartie tout à fait unique. Mais elle et son binôme devaient partir pour des raisons professionnelles. À l’annonce de la nouvelle, l’homme réagit violemment, se sent trahit et regrette de leur avoir donné sa confiance. Rachel perçoit la mesure du sentiment « d’abandon » qui fait écho en lui. Elle décide alors de s’engager dans l’association jusqu’à ce qu’il accepte d’être rejoint par d’autres membres de l’association; et finit par s’y engager.

Pour Rachel, la rencontre de ces personnes procure quelque chose de marquant, touchant. En effet elles ont une expérience différente et unique de la vie qui peut enrichir la nôtre. « La simplicité et la confiance de ces personnes me procurent beaucoup de joie, on rit énormément aussi ! », confirme-t-elle. Pour elle une beauté existe en chacun, même cachée derrière les effluves d’alcool, la silicone ou le mascara.

Jamais un sentiment de découragement n’a pris possession de notre religieuse active. Elle éprouve simplement le manque de temps pour découvrir l’autre... Sa Foi en Dieu la soutient et l’aide dans sa mission. « Dieu en envoyant son fils sur Terre s’est fait tout petit, à l’image de ces personnes ! », s’émerveille-t-elle. C’est donc sa mission de faire une route avec ces personnes.

La situation de prostitution sépare le corps et l’esprit, donnant une dimension marchande au corps. Cela laisse des blessures morales, physiques, conscientes ou inconscientes. Dans la religion chrétienne, le corps est un tout, cette séparation du corps et de l’esprit l’interpelle d’autant plus.


Que vous évoque la canonisation récente des Papes Jean XXIII et Jean Paul II?

«Elle donne un exemple à tous les chrétiens, un modèle de grandes figures à suivre pour ce qu’elles incarnent à la suite du Christ. Le message de ce dernier dépasse les frontières. Malgré les différences des Hommes, nous avons profondément une « commune humanité», à nous de la rejoindre... ».

Enfin, Rachel conclu en illustrant son témoignage par un passage de la Passion du Christ. Une lance transperce le flanc gauche du Fils de Dieu lorsqu’il est crucifié. En découle du sang et de l’eau. Pour Rachel, cela représente l’eau vive. La souffrance ne domine pas mais laisse jaillir la vie. Le lieu de nos blessures est celui de sa Révélation.

 

Amélie Chodorge

À voir : site de l’association Aux Captifs la libération

http://www.captifs.fr/

Et le site de la congrégation des religieuses du Sacré Cœur : http://www.rscj.com/

 

Source: Corref (Conferérence des religieux et religieuses de France)

 

 

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