‘Red Kawsay’

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PERU - Nous dénonçons le crime de traite des êtres humains et nous déclarons qu’il constitue comme tel, une offense à leur dignité et une violation grave des droits humains fondamentaux… » (Déclaration UISG 2008)

Encore une fois, nous souhaitons vous faire part du chemin que nous avons parcouru dans la lutte contre la traite des êtres humains, et de nos réponses aux cris de ceux et celles qui ont été réduits en esclavage, en plein 21° siècle.   

Le réseau Kawsay (mot qui signifie « vive! ») a été constitué en l’an 2010 suite à une formation donnée aux religieuses sur le thème de la traite humaine, avec l’aide de Sr Pepis du Réseau International Talitha Kum et de Stefano de l’OIM à Lima, Pérou. Ainsi le réseau Kawsay privilégie la formation de ses adhérents et travaille à la prévention, à la sensibilisation et à l’assistance des personnes touchées par ce phénomène.  
Au Pérou, comme dans le reste du monde, la traite humaine fait de nombreuses victimes et nous souhaitons évoquer des régions dans lesquels ce phénomène nous interpelle de manière particulière.


MADRE DE DIOS – à Puerto Maldonado, en Amazonie Péruvienne
Un département géographique situé au sud-est du Pérou, lieu de grande beauté aux nombreuses richesses naturelles, où les problèmes sociaux d’une grande complexité abondent. Au cours de la dernière décennie, le problème de la traite des personnes à fin d’exploitation sexuelle ou comme main d’œuvre connaît une croissance alarmante, qui va de pair avec l’expansion de l’orpaillage non réglementé.

‘Madre de Dios’ compte parmi les régions qui offrent une grande diversité en termes d’écologie et de communautés natives. Cependant l’absence d’intervention de l’Etat pendant de nombreuses années a permis à l’impunité de s’installer ainsi qu’à la violation systématique de la loi et de l’ordre. Au fléau de la traite s’ajoute à celui des maladies endémiques (comme la malaria, la dengue, la fièvre jaune, la tuberculose, etc.) causées par les conditions d’insalubrité existantes. Selon le dernier recensement, seulement 41,9% des habitations sont raccordées au tout-à-l’égout et au réseau public d’alimentation en eau ; et pour 16,6% des habitations, l’approvisionnement en eau provient du fleuve, de rigoles ou de sources. Si l’exploitation minière informelle contamine les fleuves, on peut s’interroger sur la qualité de l’eau utilisée par les habitants de Madre de Dios.

L’existence de la minière informelle engendre non seulement une catastrophe écologique, mais elle est également responsable de l’exploitation sexuelle et du travail des enfants, des adolescents, des femmes et des hommes. Selon le Président du conseil des procureurs supérieurs de Madre de Dios, il existe « entre 40 et 60 mille miniers informels qui recherchent la main d’œuvre de garçons ayant à partir de 14 ans pour les travaux d’extraction et de fillettes dès l’âge de 12 ans pour les faire travailler comme entraineuses dans les bars de la zone illégale, qu’ils maltraitent et contraignent sous la menace de mort à faire du « fichage » (commission pour la vente de l’alcool) et des « passes » (services sexuels)».
Elles sont attirées par la promesse d’un contrat de travail et d’un bon salaire, mais c’est une tout autre réalité lorsqu’elles arrivent dans ces « bars à prostitution » où elles se retrouvent piégées par leur dette envers leur « employeur ». 

Le nombre de victimes augmente à mesure de l’appa-rition de nouveaux sites d’exploitation minière sauvages. Selon l’Association Huarayo2 les personnes exploitées sont au nombre de 1500, dont 20% de mineurs. Le Ministère Public signale que des « 387 dénonciations reçues pour délit de traite, 43 proviennent de Madre de Dios, ce qui représente le 11.1%».

RÉPONDRE AU CRI DES VICTIMES DE L’ESCLAVAGE AU 21° SIÈCLE


Devant la terrible et cruelle réalité qui se déroule à Madre de Dios, nous ressentons l’urgence de répondre à ces faits qui attentent à la vie, à la dignité et aux droits fondamentaux de la personne humaine. Au nom du réseau Kawsay nous avons présenté une proposition à l’Assemblée des Supérieures Majeures lors de la conférence des religieuses et des religieux du Pérou (CRP) le 22 novembre 2012. La proposition a été acceptée et adoptée par la CRP comme projet de vie religieuse.
Notre proposition prévoit qu’une communauté inter-congrégationnelle se rende sur place à Madre de Dios pour en comprendre la réalité et entreprenne un processus de discernement pour déterminer la manière de répondre à cette situation de grande complexité. Pour préparer notre venue à Madre de Dios, nous avons employé ces derniers mois (décembre-mars) à nous documenter en lisant des témoignages et en contactant des personnes qui y travaillent pour connaitre leur expérience. Ceci nous a permis de mieux cerner cette réalité et d’être dans l’urgence de venir en ces terres sacrées en solidarité pour ceux qui sont en marge, pour écouter les voix qui réclament d’être entendues.

L’EQUIPE DE LA MISSION est constituée de religieuses et d’un religieux de 5 congrégations.
Nous avons conscience qu’il s’agit d’une situation complexe et nous nous en remettons complètement aux mains du Dieu incarné, du Dieu de la Liberté, pour qu’Il nous guide, sachant qu’Il se tient toujours aux côtés des plus désarmés et des plus vulnérables.
L’objectif de notre première mission à Madre de Dios du 15 au 27 avril 2013, est d’approcher cette réalité, d’explorer et de comprendre le phénomène de la traite des personnes qui se déroule en ces lieux, de nous engager au niveau de nos vies consacrées, et de nous solidariser avec les personnes touchées.
Nous voulons conjuguer les efforts, les ressources, renforcer les réseaux à l’intérieur comme à l’extérieur de cette région pour intervenir de manière adéquate contre la traite des êtres humains. 

Nous sommes encouragées par les propos du Pape François qui s’exprimait en ces termes sur la lutte contre la traite des êtres humains:

« Aujourd’hui nous prions pour les victimes de la traite des êtres humains, de l’exploitation par le travail en servitude, de l’exploitation par la prostitution ; … nous prions Jésus, qui est Dieu qui prit notre chair, de nous faire verser des larmes pour la chair de toutes nos sœurs et de tous nos frères qui sont assujettis. Nous prions Jésus de nous enseigner à nous occuper de nos frères et sœurs réduits en esclavage avec la tendresse qu’ils méritent. »

(Homélie prononcée par le Cardinal Jorge Mario Bergoglio s.j. sur la Place de la Constitution de Buenos Aires, pour la 4° messe pour les Victimes de la Traite et le Trafic des Personnes. Septembre 2011)

 


Sr Isabel Chávez Figueroa, RBP - Pérou

http://www.buonpastoreint.org

Publié: 12/08/2013

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