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Une visite à Jussaral

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BRÉSIL - La Mission du Brésil a été fondée par différentes Provinces oblates, de divers endroits du monde. Dans notre dernier numéro, nous avons évoqué le 50e anniversaire du travail de la Province anglo-irlandaise à la Mission du Brésil. Ici nous vous racontons l’histoire de Roger BERGKAMP et de Jacklynne et Gerard Guimond qui l’ont accompagné lors d’un retour au Brésil. P. Roger a travaillé dans les missions oblates, autour de Recife, pendant plus de 20 ans. Ci-dessous, vous trouverez le récit de l’un de ces jours mémorables, pendant ce voyage.

Jussaral (Jérusalem) est une petite ville pittoresque, dans les collines, à 65km de l’Atlantique. Roger voulait nous faire rencontrer deux personnes tout à fait particulières. La première s’appelait Dona Rosa. Il nous a fallu littéralement grimper une colline pour arriver à sa maison… et ce n’était pas sur du macadam! C’était plutôt un genre de test d’endurance. Dona semblait tellement heureuse de nous voir. Elle faisait beaucoup plus âgée que ses 75 ans, mais son agilité aurait laissé derrière elle une cinquantenaire. Elle était pieds nus et avait les ongles des pieds peints; j’ai trouvé cela étonnant. Avec elle, il y avait une femme d’une quarantaine d’années et un jeune homme, approchant les vingt ans. Dona nous a donnés à chacun un sac plastique et nous a conduits dans son jardin où poussaient toutes les espèces d’arbres que vous pouvez imaginer. Dona et la jeune femme, à l’aide de machettes ouvraient pour nous des noix de coco et nous versaient à chacun un verre de cette eau de coco… pas très fraîche mais tellement désaltérante, surtout dans la chaleur du jour. Nous sommes repartis, les bras chargés de cadeaux, une bouteille de vin et quelques boites de bière pour le padre… elle se souvenait que le padre aime la cerveja (bière)! Dans la voiture, Roger nous a parlé de cette femme qu’il admirait tellement. La jeune femme qui apparemment vivait avec elle, avait été violée par un gang, il y a plusieurs années et avait perdu l’usage de la parole, pendant cinq ans. Dona l’avait prise chez elle, où elle est encore; et même si elle ne nous a pas parlé, elle a cependant retrouvé la parole. Le jeune homme a aussi un lien avec Dona. Quand Roger travaillait au Brésil, il y a 25 ans, Dona avait accueilli un jeune homme qui passait pour mentalement retardé. Il s’appelait Lalu, il n’était pas dangereux, mais, Dieu sait pour quelle raison, il n’avait pas de place où vivre.




Un jour que les femmes du village étaient en train de laver leur linge à la rivière, une jeune dame a perdu sa montre-bracelet. Elle l’avait laissée sur une pierre et elle disparut. Elle est allée à la police et a accusé Lalu de l’avoir volée. La police est allée pour le prendre, mais Roger l’a trouvé avant la police et l’a amené chez-lui, et a refusé à la police d’entrer, pour venir l’arrêter. On l’aurait probablement battu à mort et abandonné dans le champ de cannes à sucre. Il dit à la police qu’il amènerait lui-même Lalu au commissariat. Lalu nia les accusations mais fut de toute façon, enfermé. Dona essaya de s’entremettre, mais sans succès. Alors elle prit sur elle de rechercher la montre, et a fini par la trouver. Elle avait glissé dans la rivière. Elle l’apporta au commissariat, en espérant que Lalu serait libéré, mais on lui dit qu’il devait attendre jusqu’au lendemain matin. Elle rentra chez-elle, prépara un plat de riz avec des haricots et du poulet et l’apporta à Lalu en prison; elle apportait aussi un deuxième plat, pour le gardien. Lalu fut libéré le lendemain. Il semblerait qu’il se soit marié et qu’il ait eu quatre enfants. Nous ne savons pas où il est maintenant, mais le jeune homme qui vit avec Dona est l’un de ses fils. Roger ajouta que ce n’étaient que deux histoires; elle a élevé deux de ses petits-fils et beaucoup d’autres enfants qui avaient besoin d’une place pour vivre. Nous étions en grande admiration devant cette femme si généreuse.

Nous sommes allés dans un autre quartier du village, où nous avons rencontré Colletta, l’autre femme que Roger voulait nous présenter. Colletta était dans ses 90 ans et avait juste subi une attaque cérébrale, deux semaines avant notre arrivée. Le docteur était là ainsi que d’autres personnes qui la soignaient. Elle devait se faire aider pour s’asseoir dans son fauteuil roulant. Elle semblait peser 35 kg, était trempée de sueur, mais nous fit un beau sourire quand elle aperçut Roger.

Colletta est venue de France comme jeune sœur, à Rio de Janeiro. Elle se rendit compte que beaucoup de ses patients venaient des favellas du nord, et elle sentit qu’elle devait se consacrer à eux, afin d’empêcher tant de maladies. Elle fit part de ce projet à ses Supérieures et demanda d’être transférée à Recife, mais cela lui fut refusé. Alors elle quitta la Congrégation, rassembla un groupe de femmes pour l’accompagner et s’établit dans ce qui s’appelle aujourd’hui Jussaral. Au cours des années, elle a travaillé pour construire l’école et donner abri à tant de jeunes filles et d’enfants de la rue.

Elle les a encouragés et aidés à devenir enseignants, infirmières, elle construisit une maison de la poterie, où les gens pouvaient réaliser des articles pour vendre. Elle devint aussi très engagée dans les questions de justice pour les femmes. Une charmante infirmière essayait de réconforter Colletta qui soudain, sembla agitée. Cette infirmière m’a fait comprendre que, parce que Colletta se souvenait de Roger comme Padre, elle aurait voulu communier. Allez savoir pourquoi, j’ai alors pris son visage entre mes mains et lui ai dit en français: «Colletta vous êtres Eucharistie.» Elle montra alors un large sourire et m’embrassa… Quel moment béni! Entre temps la belle infirmière avait juste expliqué à Roger que c’était Colletta qui l’avait sauvée d’une vie dans la rue et l’avait convaincue de devenir infirmière. Elle est maintenant l’infirmière de Colletta. Encore des larmes en cet autre moment béni! Il y avait une petite chapelle derrière la maison de Colletta que Roger avait aidé à construire. Nous sommes sortis quelques instants pour nous asseoir, jouir du paysage par les larges fenêtres, et penser à la grande chance que nous avions eue de rencontrer des saintes vivantes!

 

Connections, May 2013

Courtesy of Oblate Spirit

http://www.omiworld.org

Publié : 14/06/2013

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