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Les mille et une méthodes de l’enseignement catholique pour parler de Dieu

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05/11/2015

enseignement-catholique-pour-parler-de-Dieu article mainÉDUCATION - Anne Lesage, 39 ans, partage son temps entre un lycée professionnel de Fontenay-aux-Roses et un établissement de Bagneux tenu par les Apprentis d’Auteuil. Elle a pris ses fonctions « d’adjointe en pastorale scolaire » (APS), à la rentrée, dans ces deux lycées des Hauts-de-Seine, après une année d’observation.

Elle raconte « l’énergie folle » déployée avec ses élèves de seconde, les « gamins absents le jour de l’Aïd » et les « quatre élèves catho par classe ». « Le grand défi, c’est de saisir l’instant pour faire passer le message du Christ », détaille-t-elle.

Au début de l’année, elle leur a présenté son intervention, dispensée tous les quinze jours dans chaque classe, comme « un temps de pause, de respiration dans leur vie trop active ». Puis elle leur a proposé, parmi d’autres questions, de répondre à celle-ci par écrit?: « Si Dieu existe, qu’aimerais-tu qu’il te dise en entrant au Paradis?? »

De mémoire, elle cite quelques réponses, pour le moins diverses?: « Va, tes péchés sont pardonnés. »?; « La vocation d’une feuille est-elle de tomber?? »?; ou encore, plus surprenant?: « On se fait un kebab?? »

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« La proposition chrétienne redécouvre sa propre singularité »

Anne Lesage s’efforce « de ne s’offusquer de rien, et d’accepter d’être un peu déboussolée ». Face à ces jeunes dont la culture chrétienne se résume à la portion congrue, elle « assume franchement » de parler du Christ et de la Bible.

Son expérience ressemble à celle des centaines d’APS salariés par l’enseignement catholique pour assumer « l’animation pastorale » dans les établissements. 300 d’entre eux étaient réunis début octobre à Antony (Hauts-de-Seine) pour leur rassemblement annuel.

Au cœur des discussions, une question?: comment annoncer l’Évangile à tous, à l’heure où il n’y a bien souvent plus que deux ou trois catholiques par classe?? Comment s’adapter à la diversité, caractérisée, dans certains établissements, par la présence d’élèves musulmans, mais surtout de nombreux non-croyants??

« Objectivement, l’Évangile n’est pas attendu par notre société. Personne ne fait la queue devant les presbytères… La proposition chrétienne redécouvre sa propre singularité », insiste le P. Jérôme-Henri Gagey, théologien et vicaire général du diocèse de Créteil.

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« Il faut adapter notre langage »

Adjointe en pastorale durant sept ans dans un établissement marseillais, Agnès Charlemagne se souvient d’une discussion dans un petit groupe d’élèves. « Ils étaient trois ou quatre. Parmi eux, le seul catho était sommé d’expliquer ce qu’était la résurrection. Après plusieurs tentatives, il a fini par leur dire?:“Si vous ne comprenez pas, inventez un autre mot?!” Les autres ont rétorqué?: “D’accord. On peut dire Jésus 2, le retour, alors??” »

Pendant des années, l’animatrice en pastorale a consigné toutes les réflexions des adolescents qui lui étaient confiés. Elle en a fait un livre passionnant (1), recensant plusieurs centaines de réflexions d’adolescents sur Dieu, la mort, l’intériorité, le destin, la joie, la chute…

À Marseille, Agnès Charlemagne a mis en place sa propre méthode. « En qui crois-tu, ou en quoi?? Si tu crois en Dieu, grâce à qui cela s’est-il produit?? Et sinon, pourquoi?? Et si Dieu venait en classe la semaine prochaine, quelle question voudrais-tu lui poser?? »

Agnès Charlemagne ne s’appuie sur aucun manuel, mais allume une bougie, posée près d’une Bible, avant toute séance. « On ne peut plus décréter d’en haut que Jésus est ressuscité. Il faut adapter notre langage, très difficilement compréhensible pour les non-croyants. On ne peut pas faire rentrer dix ans de théologie en cinq minutes. »

 

 

Une mission ?: annoncer l’Évangile

À ceux qui posent la question de l’« efficacité » de telles méthodes, Claude Berruer, l’adjoint du secrétaire général de l’enseignement catholique, répond qu’il ne saurait être question de « rentabilité » pour évaluer la mission des APS. « La question est plutôt de savoir comment rester ouvert à tous, et attentif à ceux qui veulent une démarche d’initiation chrétienne. »

« Notre mission n’est pas de préparer les sacrements, mais d’annoncer l’Évangile », ajoute Joseph Herveau, chargé de la mission « animation pastorale » pour l’enseignement catholique. Alors, quelle recette appliquer devant de telles classes??

« Il n’y a pas de mode d’emploi. Mais il faut résister à deux tentations?: évacuer le Christ pour annoncer des valeurs humanistes d’une part?; et présenter la foi comme quelque chose d’étanche au monde. Ces deux voies sont des impasses, et notre position, entre les deux, est pour le moins inconfortable. À nous d’être au bon moment, au bon endroit, dans les bonnes circonstances. »

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Loup Besmond de Senneville

Source: La Croix, 26/10/2015

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