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Encyclique sociale · De « Rerum novarum » à « Laudato si’ »

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26/08/2015

leone XIII bigRÉFLEXIONS -  Quelques jours après l’institution de la Journée mondiale de prière pour la sauvegarde de la création, à la suite de la récente présentation de la part du président des Etats-Unis, M. Barack Obama, du Clean Power Plan, et à quelques mois de la 21e conférence de Paris sur les changements climatiques, on ne peut manquer de souligner l’extrême actualité de Laudato si’. Une encyclique qui, bien que « jeune », a déjà accompli une fonction importante: conférer à la question de l’environnement une dignité publique mondiale, qui ne se limite pas seulement aux stricts domaines scientifiques, mais qui va au-delà de toute polémique journalistique et surmonte les barrières idéologiques des arènes politiques.

 

 Le défi de Laudato si’ est gigantesque, et je voudrais en souligner deux aspects. Le premier consiste dans la nouveauté historique de cette encyclique qui coïncide, de façon non fortuite, avec l’exceptionnel moment de transition que vit le monde contemporain. Le deuxième, en revanche, est « la racine humaine de la crise écologique », c’est-à-dire une analyse du pouvoir dans la lignée des réflexions de Romano Guardini.

 

Sans aucun doute, l’importance de cette encyclique est comparable à l’importance qu’eut la publication de Rerum novarum en 1891 par le Pape Léon XIII. Cette encyclique du Pape Pecci ouvrit le regard maternel de l’Eglise sur un monde qui était alors encore inexploré pour le magistère pontifical: celui de la question ouvrière. Rerum novarum apporta la lumière sur une phase de transition très importante: le passage d’une société agricole à une société industrielle, de la campagne à l’usine et, en définitive, d’une société de notables à la société de masse.

 

Aujourd’hui, il existe un passage supplémentaire. La société de masse est devenue une société mondiale toujours plus réduite en poudre et en liquide. Dans l’encyclique de Léon XIII, les références à l’environnement étaient le « bâtiment » dans lequel les ouvriers travaillaient et le « sol » occupé par cette usine, tandis que les sujets qui y travaillaient étaient les ouvriers et les patrons. Aujourd’hui, ces réalités ont profondément changé. Le système productif est partout. Et chaque aspect de la création peut être potentiellement utilisé et manipulé par les sciences techniques avec de très profondes répercussions dans la vie de chaque être humain.

 

Ce n’est pas un hasard en effet – et j’en viens au deuxième aspect – si le Pape cite plusieurs fois dans l’encyclique un livre de Romano Guardini. La fin de l’époque moderne, pour souligner ce passage historique très délicat que le théologien allemand avait pressenti dès la moitié du XXe siècle: c’est-à-dire la crise du monde moderne et le début d’une nouvelle humanité régie par la technique. Une nouvelle société dans laquelle l’homme – défini comme « homme-non-humain » – domine la nature de façon illimitée, presque tyrannique, sans placer de limites à son propre pouvoir. Ainsi, « tant la nature que l’homme lui-même », sont « toujours plus à la merci de la recherche impérieuse du pouvoir, économique, technique organisationnel et étatique ».

 

Tel est le défi le plus important lancé par Laudato si’: mettre un frein à cette sorte de « pouvoir ingouvernable » – que François appelle le « paradigme techno-économique » – qui réduit l’homme et l’environnement à de simples objets pouvant être exploités de façon illimitée et sans soin.

 

 Gualtiero Bassetti

 

Source: L'Osservatore Romano, 20/08/2015

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