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Maroc - Vivre aux Frontières

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21/02/2014

1MarocTÉMOIGNAGE - Je suis Begoña Arrizabalaga, né à Ondarroa en Espagne. Je suis entrée dans le couvent des Franciscaines Missionnaires de Marie en mars 1963. Trois ans plus tard, j'étais destinée au Maroc. Quand je suis arrivée à Rabat j’étais impressionnée en voyant notre maison-école. Je me demandais pourquoi j’étais venue. Quelques mois plus tard, j'ai été affectée à la Médina de Meknès, où il y avait une école pour les enfants pauvres. Vraiment c'est ce que je voulais. Un jour, je suis allée avec une sœur libanaise dans une maison vraiment pauvre. J'ai été reçue comme un membre de la maison. Le maître de la maison demanda à l’instant de l'eau. On l’a apportée dans une boîte de conserve. Il buvait et me l'offrit. Avant que je refuse, ma sœur m'a dit que je ne pouvais pas dire non. C'était mon vrai baptême.

 
8 ans plus tard j'étais destinée à une communauté située à la frontière de l'Algérie. C’est là que j'ai rencontré les Sœurs de Foucauld. Elles vivaient dans des tentes, avec les nomades. Leur récit a éveillé en moi l'appel à une vie différente. Mais il a fallu attendre six ans avant l'étape finale. En 1983, je suis arrivée au pied du Haut Atlas habité par les tribus berbères. J'ai vécu 20 ans avec eux.
 
CE QUE J’AI VU: CADRE DANS LEQUEL JE VIVAIS

Durant toutes ces années, j'ai constaté avec eux la valeur de la dignité et du respect pour chaque personne: tous, enfants ou personnes âgées, femmes ou hommes.
 
J'ai appris à ne rien avoir et ne sentir besoin de rien. Avec eux, j'ai réalisé proprement la béatitude des pauvres, là je me suis retrouvée avec les vrais pauvres, détachée de tout ce qui était nécessaire pour vivre.
 
J'ai été reçue par des tribus nomades qui vivaient dans des tentes tissées par les femmes, cousues et assemblées par des hommes avec le bois des arbres du Grand Atlas, sans qu’ils demandent rien. J'ai appris que le meilleur cadeau est une bonne hache et un couteau bien aiguisé, qui permet de construire les poutres et la structure de la tente.
 
Ils étaient et sont toujours bergers des troupeaux d’agneaux, des chèvres et des chameaux dont les propriétaires habitent des villages lointains. Ils n’avaient pas couverts les besoins primaires de la vie: ni vaccins ni livrets de famille. Ils venaient à l'hôpital pour mourir.
 
La mission avait commencé avec une de nos Sœurs (infirmière à l'hôpital de Midelt). Elle pensait qu'on devait aller vivre avec eux. Les six premières années elle a vécu avec une amie de la communauté. Elles venaient chaque semaine en ville, au couvent pour l'Eucharistie et faire le marché. Plus tard, une autre sœur avait été attirée par ce genre de vie. Elle a demandé á son tour de l'accompagner et toutes deux ont vécu avec les nomades pendant six ans. C'est là que je suis arrivée. Notre sœur est décédée de cancer le 11 Octobre, 1983. J’étais arrivée à peine trois semaines plutôt. Nous avons reçu en héritage 800 familles recensées, toutes nombreuses et aussi beaucoup d’amis qui aimaient vraiment notre sœur. Elle était pour eux une sœur de la famille, infirmière et enseignante. Elle a alphabétisé les jeunes pasteurs, les plus brillants, à la lecture et l’écriture. Et même fonda là, une école.
 
CE QUE J’AI APPRIS: QU'EST-CE QUE J’AI EU À REPENSER- REPLACER ?

J'ai appris à parler une langue, parce que personne ne connaissait aucune des langues que je parlais. Leur langue était le berbère (le tamazirt).
 
J'ai apprisà ramasser du bois, puiser de l'eau, pour faire du pain, faire la lessive dans la rivière ou sur le sol en face de la maison, avec l’aide de professeurs extraordinaires qui nous ont appris comme à leurs jeunes frères et sœurs ou filles, avec tendresse, amour et affection.
 
J'ai appris qu’il n’est pas besoin de beaucoup de choses pour vivre. Qu’il n’est pas nécessaire de dépenser de l'argent pour vivre. Je me sentais riche de voir que je n'avais pas besoin de ce qui m’était indispensable un mois plus tôt, alors que je vivais le vœu de pauvreté.
 
J'ai appris à donner et à recevoir. Nous recevions tout d’eux alors qu’ils étaient heureux et reconnaissants pour tout ce que nous leur avions donné. Dans notre maison, nous avons tout résolu. La maison était toujours ouverte : l’entrée, la cuisine, la salle à manger et salle d'attente, le dispensaire devenait parfois une salle de fêtes ou bien un endroit pour pleurer.
 
Nous étions reçues dans la tribu et avions été adoptées par une famille. Ils étaient les moins appréciés de toutes les tribus. Il y avait division parmi eux. Une fois j’ai entendu une fillette de trois ans dire à sa mère: "Bego me rend triste parce qu'elle ne peut pas faire du pain. Sa mère ne lui a pas appris … pauvrette."
 
À PARTIR DU VECU, QU’EST-CE QUE JE PROCLAME POUR L’EGLISE ET LE MONDE

Vivre avec les pauvres et marginalisés de la société, dans les mêmes conditions qu’eux, partageant et nous donnant nous-mêmes et tout ce qu’on a, est la façon de nous évangéliser. Pour moi, ils ont été, la force et l'exemple de vivre et suivre de plus près Jésus.
 
Dieu nous envoyait de nombreux messages à travers eux. Aux moments difficiles, les hommes nous encourageaient en chantant et nous parlant de Dieu. Ils avaient quelque chose de positif à dire aux moments plus durs. Ils vivaient la vie avec humour, gaité et compassion pour les pauvres et les malades. Ils célébraient la vie, les naissances, les circoncisions, les mariages. On fêtait la couture de la tente, la tonte du troupeau.
 
Ils m'ont aidé à repenser la mission: Ma mission est de donner et de recevoir de l'amour, de la tendresse que je reçois gratuitement de Dieu.
 
Begoña Arrizabalaga, fmm
 
Source: FMM
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