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A l’Eglise de Dieu qui est à Tanger

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04/03/2016

agreloMESSAGES - A tous, « grâce et paix de la part de Dieu Notre Père et du Seigneur Jésus-Christ ».

Permettez-moi, vous qui m’êtes très chers, d’emprunter à l’apôtre Paul, non seulement la salutation mais aussi l’action de grâces « pour vous, à cause de la grâce de Dieu qui vous a été donnée dans le Christ Jésus ; car en Lui, vous avez été enrichis en toute chose : en toute parole et en toute science, car en vous le témoignage du Christ s’est affermi ». Je rends grâce à mon Dieu pour votre foi, pour la peine que vous prenez, pour votre dévouement, pour votre vie.

Restituer dans l’amour ce que nous devons en justice.

A peine avons-nous commencé l’année qu’aux portes de cette Église arrivent des hommes et des femmes porteurs de blessures nouvelles, témoins de nouvelles violences, victimes de vexations , dont les plaies, parce qu’elles se reproduisent, se rouvrent de façon insupportable.

La mer de Benzu a rendu un autre cadavre, un autre qui n’a pas de nom, un autre qui n’a pas de père, ni de mère, ni de généalogie, un autre sans que personne ne réclame justice pour une autre mort inique à la frontière de l’Espagne.

La nuit dernière, la frontière elle-même fut le théâtre de nouveaux déploiements des forces de l’ordre, de nouvelle violence entraînant de nouveaux blessés, avec plus de morts, comme si la seule réponse possible à la tragédie des migrants était celle de la force, celle des armes, celle de la peur, un exercice inhumain , irrationnel et criminel d’intimidation.

Aujourd’hui, tandis que je vous écris, dans un aéroport du Maroc a été intercepté un jeune en transit vers son pays, un citoyen normal, ayant un passeport normal et une carte d’embarquement normale ; ce jeune atteint d’un cancer en phase terminale qui revient dans la maison familiale pour y mourir parmi les siens, a été confiné par la police dans leurs bureaux ; elle lui a retiré son passeport, l’ a terrorisé, l’a humilié et tout cela, j’en ai grande peur, pour le simple motif que ce jeune est noir.

A peine avons-nous commencé cette année que cette approche amère de ce que cette année réserve aux pauvres, devient pour nous un appel pressant du Seigneur pour que notre Église chemine avec eux, se solidarise avec eux , soigne leurs blessures, allège leurs souffrances de sorte que nous leur restituions en amour ce que nous leur devons en justice.

A partir de notre pauvreté :

Le Seigneur ton Dieu t’a donné l’onction pour que tu soies au Christ et il t’a envoyé pour que tu soies aux pauvres. Au Christ et aux pauvres ! Quelle redondance !

Nous ne pouvons pas, mes bien-aimés, humilier les pauvres en les rendant participants des déchets de notre richesse.

Le Très-Haut Fils de Dieu, notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ nous a montré le chemin que nous devons parcourir puisque Lui s’est fait pauvre pour nous enrichir de sa pauvreté : il est né pauvre, a vécu dans la pauvreté, est mort comme un malheureux, comme un exclu, comme un criminel, comme un danger pour la société.

Quand nous disons « pauvre », nous disons beaucoup plus qu’un homme ou une femme manquant du nécessaire pour vivre. Nous disons un homme, une femme, méprisés, exclus, humiliés, niés ; nous disons un homme, une femme que l’iniquité a obligé à intérioriser le fait qu’ils n’ont pas de droits, à vivre comme s’ils n’en avaient pas, à être comme s’ils n’étaient pas ; nous disons un homme , une femme, que nous avons amenés à douter de leur dignité humaine, de leur condition d’enfants de Dieu.

C’est une grâce immense que nous nous soyons approchés de cette condition humiliée, nous rendant ainsi participants de la pauvreté du Christ, de sa passion, de sa croix. C’est la miséricorde infinie de notre Dieu qui nous a fait cheminer avec les pauvres afin que nous leur portions une bonne nouvelle, afin qu’ils sachent que Dieu les aime.

Travailler et prier pour les droits des pauvres :

Crains l’indifférence et la cruauté à leur égard

Je suppose que vous n’êtes pas surpris de voir confirmées , par l’expérience, ici et là, ces paroles du Seigneur dans l’Évangile : « Les rois des nations les dominent et ceux qui exercent l’autorité se font appeler bienfaiteurs ; qu’il n’en soit pas ainsi parmi vous : le plus grand d’entre vous doit se faire comme le plus petit et celui qui gouverne comme celui qui sert » .

Vous aurez aussi observé qu’il en va à présent comme au temps de Jésus de Nazareth : nombreux sont ceux qui, imitant les rois et les autorités qui gouvernent les peuples, sont préoccupés d’eux-mêmes, se dressent au-dessus des autres devenant ainsi responsables , non seulement d’indifférence face à ceux qui souffrent mais aussi de cruauté à leur égard.

Si cette indifférence et cette cruauté s’étaient enracinées dans notre cœur, alors il serait évident que l’évangile serait absent de notre vie. Crains – les cher frère, chère sœur, beaucoup plus que tu ne craindrais la mort. Crains-les beaucoup plus que tu ne craindrais l’enfer. Crains-les parce que les pauvres appartiennent au Christ, parce que, le Christ vit dans les pauvres ; parce que, si tu es indifférent ou cruel envers les pauvres, tu as dû l’être aussi avec le Christ, avec Dieu.

Approche-toi d’eux

Tu vas devoir le faire si tu veux t’approcher du Christ, si tu veux être en communion avec lui. Tu devras t’abaisser jusqu’au rang des pauvres, jusqu’à leur monde et tu n’auras pas d’autre raison pour le faire que ta foi, ton espérance, ton amour. Tu devras t’abaisser jusqu’à eux comme le Christ s’est abaissé jusqu’à toi. «  Lui qui s’est dépouillé de lui-même, prenant la condition d’esclave, devenu semblable aux hommes ». Tu devras t’abaisser pour qu’ils te reconnaissent comme un des leurs et ne craignent pas de te harceler avec leur indigence. Tu devras te faire expert en souffrance afin d’être, comme le Christ, experte en miséricorde.

Aime la justice :

Déclare illégale pour toi, en tant qu’injuste, la possession de ce dont tu n’as pas besoin ; déclare intolérable, à tes yeux, en tant qu’illégitime, que quelqu’un manque du nécessaire pour vivre. Déclare que la faim est un crime, simplement, parce qu’elle l’est.

Déclare illégale une politique de frontières qui est discriminatoire à l’égard des pauvres qui viole leurs droits fondamentaux, qui est violente pour les petits de la terre, qui tue sans scrupule des hommes et des femmes qui recherchent seulement un futur meilleur pour eux et pour leurs familles. Criminelle est cette politique, criminels sont ceux qui l’approuvent, criminels sont ceux qui l’appliquent

S’il nous est arrivé une fois de le faire, nous ne pouvons plus nous permettre le luxe de penser à nous-mêmes  Tu n’es pas l’Église pour toi mais pour les pauvres ; on ne t’a pas fait sacrement de la grandeur de Dieu mais de son amour infini envers ceux qui demandent à vivre ; ta mission n’est pas de soutenir le pouvoir ni de t’appuyer sur lui, mais de défendre les pauvres contre ses abus .

Recommandation finale :

J’emprunte de nouveau ces paroles à l’inspiration de l’Église des premiers Apôtres : « Maintenez l’amour fraternel et n’oubliez pas l’hospitalité…Souvenez-vous des prisonniers comme si vous étiez prisonniers avec eux ; de ceux qui sont maltraités comme si vous, vous souffriez dans votre propre chair… Vivez sans argent, vous contentant de ce que vous pouvez avoir, car Lui-même a dit : » Jamais je ne t’abandonnerai ».

« Que le Dieu de la paix vous confirme en tout bien afin que vous fassiez sa volonté, réalilsant en nous ce qui lui plait, par Jésus-Christ ».

Tanger, le 4 janvier 2016-01-29

Fr Santiago Agrelo Archevêque

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