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Jésuite en mission à l’île Maurice

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15/05/2015

mauriciusTÉMOIGNAGE - Jésuite depuis huit ans, j’ai été envoyé en septembre 2013 à l’île Maurice pour y vivre ce que nous appelons, dans la formation jésuite, la « régence » : un stage pastoral de deux ans, décisif pour l’intégration dans le « corps » que forme la Compagnie de Jésus. Désireux de découvrir d’autres horizons culturels que ceux auxquels j’ai été jusque-là plus familier (la France, et surtout Paris), je fus heureux de la confiance dont témoignèrent mes supérieurs à mon égard en m’envoyant sur ce petit bout de terre émergeant du vaste océan indien, sous la juridiction (pour les jésuites) de la Province de France depuis 1987.

Se faire Mauricien parmi les Mauriciens

Si l’essentiel de mes missions se trouve dans le champ de la pastorale des jeunes, la diversité des situations requiert de la souplesse car il s’agit pour moi d’être en relation de manière différente avec de nombreuses personnes, ce qui en soi est stimulant : il s’agit de se « fondre » dans le paysage ecclésial diocésain et d’y partager, quand je le peux, les trésors de la spiritualité ignatienne (celle des jésuites), comme j’ai par exemple eu la chance de le vivre récemment, en accompagnant 5 retraitants pendant une retraite de 8 jours. Être étranger en mission me place fréquemment en décalage culturel, ce qui est à la fois éprouvant (par exemple quand les personnes parlent un créole plus « haché » que celui qu’on m’a enseigné) et une chance : mes efforts pour me rendre plus « mauricien parmi les Mauriciens » me valent une sorte de curiosité bienveillante et sympathique, qui me permet d’être peut-être davantage écouté que ne le seraient des autochtones.

Le défi du vivre-ensemble

En toile de fond de cette vie nouvelle, la découverte d’un pays à la fois attachant (ne serait-ce que pour le climat, le cadre de vie…) et complexe : l’étonnante composition de la petite société mauricienne (1,3 million d’habitants) juxtapose des communautés issues d’Europe, d’Afrique (les descendants des familles d’esclaves : la communauté créole), un tout petit peu de Chine, et énormément de l’Inde. Si la coexistence pacifique est réelle, je constate que le vivre-ensemble est un défi sans cesse remis sur l’établi : un horizon permanent, pour esquiver les tensions nées du regard parfois biaisé porté sur celui qui ne vient pas du même monde que soi.

Mon regard d’étranger, sans doute naïf, m’aide à poser les « grosses questions qui fâchent » et à débattre ensemble : une autre manière d’être apôtre mais suivant la même finalité, celle de faire advenir un monde de justice et de paix à l’image de celui que le Seigneur a désiré pour tous les hommes de ce monde.

L’Eglise, lieu de fierté du monde créole

Un de mes étonnements vient de la découverte de la vitalité de la foi populaire dans ce pays. Il faut dire que l’Église a longtemps été un lieu de fierté identitaire pour le « monde créole » : en gros, les 30 % de la population originaire des descendants d’esclaves venus d’Afrique, depuis le XVIIème siècle, ainsi que la toute petite minorité de « Blancs », leurs anciens maîtres… À « une Église de Blancs » a succédé peu à peu, lors des dernières décennies, une Église très préoccupée par la promotion et la défense de l’identité créole, face aux contingents originaires de l’Inde, très marqués par l’hindouisme, qui constituent la majeure partie de la population et à qui ont été confiés la plupart des responsabilités économiques et politiques du pays depuis son indépendance en 1967.

Vivre une foi plus simple

En France, les jeunes fidèles auprès desquels j’ai été envoyés ont souvent été formés à l’esprit critique, au point de tout remettre en question. Leurs études (souvent longues), leurs diplômes les ont poussés à conceptualiser, analyser, discuter, mettre en idées… Vivant à Maurice, je suis le témoin d’une foi et d’une pratique plus simples, spontanées… Parfois, même dans des foyers modestes, des étagères, meubles, voire des pièces entières de la maison sont réservées à des objets de dévotion : cartes, chapelets, icônes, statues… Comment ne pas être touché par ces marques de grande et sincère piété ? Cette ambiance est heureuse mais propose d’autres défis. Heureuse parce que la population « suit » volontiers les propositions et initiatives que formule l’Église. Néanmoins, le défi est de poursuivre… l’évangélisation.

Les limites à la piété populaire

En effet, si le pape François nous aide (dans son exhortation apostolique Evangelii Gaudium entre autres) à voir ce qu’il y a de fécond dans la piété populaire, la mission n’en est pas moins ardente dans ce milieu. Il s’agit parfois de « purifier » la foi de ce qu’elle peut avoir de mêler à la superstition, la peur d’esprits de toutes sortes… Surtout, dans ce terreau, il convient de poursuivre un effort pour rendre la Parole de Dieu accessible aux personnes, et de leur faire accueillir que le Dieu dans lequel nous croyons nous aide à nous tenir debout, à même d’utiliser toutes nos capacités, notre intelligence, notre jugement. Trop souvent, Dieu est invoqué comme un « bouche-trous » (expression que j’emprunte au grand pasteur Dietrich Bonhoeffer) quand l’avenir s’annonce incertain ! Et quand son nom est invoqué, il ne remet pourtant pas en cause une attitude régulièrement fataliste, résignée, face aux aléas de l’existence auxquels nous sommes tous confrontés.

« La gloire de Dieu c’est l’homme vivant »

Se souvenir que « la gloire de Dieu c’est l’homme vivant », comme dit saint Irénée (IIème siècle), qu’Il nous invite à prendre en main notre vie, à poser des décisions fortes, des engagements qui tiennent… Vaste perspective universelle qui prend un écho particulier sur cette petite île, où les mentalités sont encore marquées des séquelles d’une soumission « naturelle », liée à la pratique de l’esclavage. Digérant le passé (cela prend des générations), ensemble, nous regardons dans la même direction.

Source: blog.jeunes-cathos.fr, 04/05/2015

 

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