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Islam, le courage d’un débat critique

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23/01/2015

islamDIALOGUE INTERRELIGIEUX - C’était peut-être un détail, dans l’avalanche d’informations qui nous a envahies depuis une semaine, mais il glace le cœur de tout croyant. C’est parce qu’ils l’ont entendu, à travers un téléphone mal raccroché, commencer à prier, que les experts du GIGN ont décidé de donner l’assaut contre Amedy Coulibaly, le terroriste de Vincennes. Ils savaient qu’à ce moment, il remettait sa vie à Dieu, en sacrifice, et allait donc tuer ses otages.

Prier avant de tuer, prier pour tuer… dans une application littérale de ce fameux verset du Coran (II, 154)?: «?ne dites pas que ceux qui meurent au service de Dieu sont des morts mais des vivants?». Et dans une compréhension tout aussi excessive d’un enseignement classique et pluriséculaire de l’islam, qui sacralise excessivement le Prophète, le mettant au même rang que Dieu.

Le « pur religieux » n’existe pas

Évidemment, il ne s’agit pas de faire d’amalgame, et il faut donc répéter qu’on ne saurait confondre cet homme avec l’ensemble des musulmans, dans une compréhension «?essentialiste?» d’« un » islam réduit ainsi à une forme unique. Pour autant, la réaction inverse, que l’on entend trop souvent dans une volonté naïve de préserver la «?concorde?», et qui prétend que cela « n’aurait rien à voir avec l’islam », est tout aussi absurde. Comme si on pouvait séparer un « pur religieux », de ses manifestations historiques et humaines. Comme si on pouvait ignorer qu’aujourd’hui, « plus de 80% des actes terroristes sont faits « au nom de l’islam », et d’ailleurs que plus de 80% des victimes sont des musulmans…

Antijudaïsme chrétien

Viendrait-il à l’esprit d’un catholique de nier que les croisades ont bénéficié d’un appareil idéologique conçu par des théologiens, et de la bénédiction des papes ? Plus proche de nous, il faut rappeler le travail qui a été fait pour extirper et analyser la manière dont l’antijudaïsme chrétien a nourri, durant des siècles l’antisémitisme.

Le problème n’est pas de demander à la population musulmane de condamner plus que les autres des crimes avec lesquels elle n’a effectivement rien à voir. Mais d’avoir le courage d’un débat critique sur certaines interprétations du Coran, à partir d’une confrontation vigoureuse entre raison et foi dans l’islam. Il faut se réjouir que, depuis cet été, et les épouvantables exactions commises par Daech, le nombre d’intellectuels musulmans réclamant un tel débat augmente. Et qu’après les attentats de Paris, de nouvelles voix se sont fait entendre en ce sens.

Le pape François et la culture du déchet de Dieu

L’enjeu dépasse les seuls musulmans, pour concerner l’ensemble des croyants, et dans ce cadre, le dialogue interreligieux joue tout son rôle. Car, comme l’a rappelé le pape François lundi, devant les ambassadeurs, l’être humain court toujours le risque « de devenir esclave de formes déviantes de la religion » Il s’agit de cette « culture du déchet », que le pape voit à l’œuvre dans nos sociétés, pour l’économie ou le social, mais qui, cette fois, s’applique non pas à l’homme, à l’autre, au voisin, mais à Dieu lui-même: « Le fondamentalisme religieux, en effet, plus encore que rejeter les êtres humains en perpétrant des massacres horribles, refuse Dieu lui-même, le reléguant au rang de pur prétexte idéologique ».

Isabelle de Gaulmyn

Source: La Croix, 13/01/2015

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